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Anna Ivanovna (Moscou 1693-Saint-Pétersbourg 1740) ; tsarine de Russie [1730-1740].

Anna Ivanovna (Moscou 1693-Saint-Pétersbourg 1740) ; tsarine de Russie [1730-1740]. A., nièce de Pierre le Grand, devenue veuve aussitôt après son mariage avec le duc Frédéric Guillaume de Courlande, est élevée au trône par le Haut Conseil secret, une assemblée de hauts dignitaires qui pensent trouver en elle un personnage docile et facile à manier. Mais elle n'a rien de plus pressé que d'annuler les conditions mises à son élection par le Haut Conseil ; c'est cependant le seul acte politique notable de son règne. Pleine de méfiance vis-à-vis de l'aristocratie russe, elle s'entoure surtout d'Allemands originaires des pays Baltes ; elle fait châtier de la manière la plus cruelle tout semblant, même non fondé, d'opposition à sa personne, par le fouet, les mutilations, la décapitation, le cachot ou la déportation en Sibérie. Ce régime de terreur n'est sans doute pas pire que ce qu'on a connu sous Ivan IV et Pierre le Grand, mais il est ressenti comme beaucoup plus insupportable encore parce qu'il ne correspond à aucun véritable but politique, ce qui, aux yeux de la postérité tout du moins, aurait pu le faire passer pour un régime de « rigueur ». Plus grave encore : le règne d'A., comme celui de ses favoris, est ressenti comme une domination étrangère. L'incarnation de la « domination allemande » à la cour est le favori et amant d'A., Biron, à l'origine simple propriétaire domanial en Courlande, de son vrai nom Ernest Jean de Bühren. Sans jamais revêtir de fonction gouvernementale, en tant que grand chambellan, il est l'homme le plus marquant dans la direction de l'Etat, tenant entre ses mains tous les fils de la politique. On donne à cette période le nom de Bironovtchina, qui résume toutes les tares pouvant affecter un Etat : domination étrangère, terreur, corruption, passe-droits. A. quant à elle, qui n'a guère reçu d'éducation, prend à peine part à la politique au sens propre du terme, consacrant tout son temps aux plaisirs souvent peu relevés d'une vie de cour dispendieuse. Deux autres Allemands, qu'on range un peu injustement sous la rubrique globalement négative de « domination allemande », le vice-chancelier Ostermann et le maréchal Münnich, rendent d'importants services à l'État russe, le premier en donnant une première formulation de ce que sera la politique russe en Orient, le second par sa réorganisation de l'armée et par ses succès militaires, chèrement achetés il est vrai, dans la guerre entre la Russie et la Turquie de 1735 à 1739. Avant de mourir, A. désigne comme héritier son neveu, Ivan VI, âgé de quelques mois, qui est placé sous la tutelle de Biron. Mais un complot le détrône au profit d'Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand et de sa seconde femme Catherine Ire (1741 ).

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