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Andrassy, Gyula ou Julius, comte von

Andrassy, Gyula ou Julius, comte von (Kaschau 1823-Bolosca 1890); président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de l'Empire austro-hongrois. Né à Kaschau (aujourd'hui Kosice, en Slovaquie) le 3 mars 1823, il se rallie, sous l'influence des idées libérales de Scéché-nyis, aux projets de lutte pour l'indépendance de la Hongrie défendus par Kossuth et participe activement à la révolution hongroise de mars 1848. Nommé ambassadeur de Hongrie à Constantinople, il est, au lendemain de l'écrasement de la révolution par l'intervention austro-russe (août 1849), condamné à mort pour haute trahison. Réfugié à Paris, puis à Londres, il est amnistié en 1857. De retour en Hongrie, il s'éloigne du programme radical de Kossuth par crainte de ce que sa patrie, réduite à ses seules forces, ne puisse résister au panslavisme russe. Élu député au Parlement hongrois (1861), il défend aux côtés de Déak le principe d'un dualisme centralisateur au sein de la double monarchie austro-hongroise qui accorde la primauté politique aux Magyars à l'est (Transleithanie) et aux Allemands à l'ouest (Cisleithanie) ; contrairement aux radicaux hongrois, il demeure favorable à l'existence d'un lien politique entre les deux parties de l'empire sous la forme d'une politique étrangère et militaire commune, sous l'égide de la dynastie des Habsbourg. C'est ainsi qu'il fait aboutir, au lendemain de la défaite de l'Autriche devant la Prusse à Sadowa (1866), en qualité de président du Conseil des ministres de Hongrie (1867-1871), l'accord de compromis (Ausgleich) austro-hongrois de 1867. L'accord, qui doit être soumis à renouvellement tous les dix ans, assure à la Hongrie un poids considérable au sein de l'équilibre politique de l'empire des Habsbourg. La création de «délégations» (Delegationen), composées de représentants élus parmi les parlementaires des deux nations en vue du contrôle des institutions communes à tout l'empire, donne de fait à la Hongrie un droit de veto absolu. Le compromis de 1867 met en même temps un terme à toutes les tentatives de transformation de la monarchie en une fédération de nationalités autonomes, notamment en Cisleithanie : sous la direction d'A., la Hongrie s'engage sur la voie de la constitution d'un État national magyar centralisateur ; elle rejette dans le même temps le droit des nationalités non magyares à l'autonomie linguistique et politique, en dépit de la politique égalitaire conduite par A. envers les Croates et de l'émancipation sociale et politique qu'il accorde aux juifs hongrois. Lorsque éclate la guerre franco-allemande (1870), A. soutient le mouvement d'unité nationale en Allemagne et s'oppose au projet d'alliance franco-autrichienne contre la Prusse préconisé par le chancelier von Beust. Promu ministre des Affaires étrangères de la monarchie austro-hongroise (1871-1879), il combat l'alliance germano-russe ainsi que la politique conduite par Gladstone dans les Balkans, qu'il estime trop favorable aux intérêts de la Russie, et s'efforce de conduire à un rapprochement avec l'Allemagne. La visite de l'empereur François-Joseph à Berlin (1872) constitue un pas décisif vers la conclusion de la Triple-Alliance entre l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la Russie. Cette dernière oblige cependant l'Autriche-Hongrie à rechercher des règlements pacifiques dans toutes les questions qui l'opposent à la Russie. A. maintient ainsi une attitude de stricte neutralité dans les Balkans durant la guerre entre la Russie et l'Empire ottoman (1877-1878), mais parvient au congrès de Berlin (juin-juill. 1878) à limiter les ambitions territoriales russes et à faire concéder à l'Autriche-Hongrie un protectorat sur la Bosnie-Herzégovine. La dégradation des relations germano-russes, favorisée par A., aboutit enfin, le 7 octobre 1879, à la conclusion d'un traité d'assistance mutuelle entre les deux Empires centraux : entente dirigée principalement contre la Russie, mais qu'A., contrairement aux voeux de Bismarck, se refuse à transformer en une alliance assortie de garanties réciproques ; il craint en effet les réactions des puissances occidentales et souhaite tenir compte de la position particulière de la Hongrie au sein de la monarchie danubienne. Sitôt le traité conçu, A. se retire en prétextant des raisons de santé : de fait, il a désormais le sentiment de ne plus pouvoir faire face à la montée des forces catholiques et slaves en Cisleithanie. Il s'éteint à Bolosca le 18 février 1890.

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