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Alexandre II (Moscou 1818-Saint-Pétersbourg 1881); empereur de Russie [1855-1881].

Alexandre II (Moscou 1818-Saint-Pétersbourg 1881); empereur de Russie [1855-1881]. Fils aîné de Nicolas Ier, A. est soigneusement préparé à ses fonctions de souverain. Peu de temps après son accession au trône, il signe le traité de Paris en 1856 qui termine la guerre de Crimée, engagée par son père, et qui opposait la Russie, vaincue, à la Turquie, la Grande-Bretagne, la France et le Piémont. C'est un esprit ouvert, chevaleresque et cultivé, qui subit l'influence de son précepteur, le poète romantique Chou-kovski, dont l'idéalisme sentimental contribue à ce qu'A. s'éveille aux nécessités de réforme sur le plan intérieur, bien que l'empereur ne puisse jamais se débarrasser tout à fait de conceptions autocratiques. Sa grande oeuvre réformatrice bouleverse l'aspect intérieur de la Russie sans parvenir toutefois à une transformation radicale, puisque le tsar ne franchit pas le dernier pas, c'est-à-dire l'octroi d'une Constitution. La réforme la plus significative est l'abolition du servage ; à ce propos, il déclare judicieusement qu'il vaut mieux supprimer le servage d'en haut que d'attendre qu'il soit aboli de force par le bas. Sur son initiative personnelle, en collaboration avec la noblesse et à la suite d'une longue préparation, l'ordonnance portant émancipation des paysans est publiée le 3 mars 1861, conduisant à la libération de plus de vingt millions de paysans et de leurs familles. Tandis que cette décision représente juridiquement un réel progrès, il n'en va pas de même sur le plan économique. En effet, la majorité des paysans détient une part insuffisante de terres, ce qui entraîne une baisse des revenus agricoles et accélère l'endettement de la paysannerie. De cette réforme incomplète et maladroitement appliquée, résulte ainsi une dépendance économique accrue, aucune amélioration de la situation paysanne et, au bout du compte, un exode rural et l'accroissement des tensions. Les autres réformes entreprises par A. ont également de profondes répercussions sur le pays. En 1863, le statut de l'Université conduit à une restauration de l'autonomie administrative universitaire et encourage une renaissance scientifique et intellectuelle. La création en 1864 d'assemblées locales autonomes dans les provinces et en 1870 dans les villes - les zemstvos, composés de représentants élus par les propriétaires fonciers, les citadins et les paysans - permet pour la première fois aux Russes de participer activement à la vie sociale et politique de leur pays ; pourtant de nombreuses contraintes bureaucratiques continuent à subsister. La plus grande réussite dans les changements apportés par l'empereur réside dans la réforme de la justice (1864), qui instaure l'inamovibilité des juges et contribue ainsi à une plus grande impartialité dans les jugements rendus, en particulier dans les procès politiques. En 1874, la réforme de l'armée substitue le service militaire de quinze ans par le service militaire obligatoire. En politique étrangère, le tsar entreprend de 1859 à 1880 la conquête de l'Asie centrale et l'expansion vers l'Extrême-Orient. En 1876, il entre en lutte contre l'Empire ottoman, guerre qui s'achève par le congrès de Berlin en 1878, mais où il perd certains bénéfices de la victoire. Cependant, la volonté de réforme d'A. est rapidement ébranlée par l'insurrection polonaise de 1863, dont la répression sanglante est suivie par une politique de russification radicale. Cette politique est également secouée par l'amplification en Russie de l'opposition révolutionnaire qui voit dans ces réformes des demi-mesures ; les cercles extrémistes finissent par recourir au terrorisme. Ainsi, après un premier attentat manqué en 1866, auquel le gouvernement répond par une répression systématique, le tsar finit par succomber en mars 1881 à la bombe d'un révolutionnaire nihiliste.

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