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Alexandre Ier Pavlovitch (Saint-Pétersbourg 1777-Taganrog 1825) ; tsar de Russie [1801-1825].

Alexandre Ier Pavlovitch (Saint-Pétersbourg 1777-Taganrog 1825) ; tsar de Russie [1801-1825]. Fils aîné du successeur au trône (le futur empereur Paul Ier), A. est le favori déclaré de sa grand-mère Catherine II, qui prend en main son éducation et même parfois caresse l'idée de le substituer à son fils dans la succession au trône. A. est formé sur ses instructions par le colonel suisse La Harpe dans l'esprit des Lumières et du despotisme éclairé, et s'initie plus tard avec Araktcheïev à l'exercice militaire. A., impliqué dans la conspiration qui aboutit (à son corps défendant ?) en mars 1801 à l'assassinat de son père, semble en avoir gardé toute sa vie un complexe de culpabilité qui explique peut-être la dérive mystique de son âge mûr. Brillant d'allure, charmeur, sensible, le nouveau souverain suscite de grands espoirs dans les milieux éclairés et notamment chez les amis anglophiles qui composent son « conseil privé » et inspirent les premières réformes de son règne : A. abolit la censure et la torture, accorde au Sénat le droit de remontrance, autorise - s'il n'abolit pas le servage - les propriétaires terriens à libérer leurs serfs contre rachat (1803) et jette les bases d'une instruction publique (1804). De 1808 à 1812 son ministre Speranski définit les linéaments d'une libéralisation des institutions qui n'est que très partiellement réalisée. Prisonnier à l'intérieur de la réalité russe et des pesanteurs de la noblesse, A. à l'extérieur tire au mieux son épingle des bouleversements européens. Tour à tour allié (par un traité secret en 1801, le traité de Tilsit en 1807) et adversaire de Napoléon Bonaparte avec lequel il envisage un moment de partager la domination du monde, il est finalement, après l'invasion de la Russie où « l'aigle » connaît sa première défaite, l'artisan de l'ultime coalition qui abat l'Empereur. Entre-temps et à la faveur des guerres conduites contre la Suède et la Turquie, la Russie s'est emparée de la Finlande en 1809 et de la Bessarabie en 1812, échouant seulement à absorber les terres polonaises érigées par Napoléon en grand-duché - mais dont le congrès de Vienne lui attribue en 1815 une large partie. Le rôle d'A. dans l'animation de la résistance nationale, puis dans la victoire finale des armées coalisées, l'installe en effet dans une position d'arbitre du nouvel ordre européen. Devenu le monarque le plus puissant du continent, A. et sa diplomatie jouent un rôle majeur dans le rétablissement des Bourbons, le travail du congrès de Vienne et la constitution de la Sainte-Alliance des monarques chrétiens. A. subit déjà à l'époque l'influence de la prophétesse piétiste Barbara de Krüdener rencontrée en juin 1815. Il développe alors un mysticisme religieux teinté d'oecuménisme en même temps qu'un progressif dégoût du pouvoir, et s'en remet de plus en plus à son ministre Araktcheïev pour la conduite des affaires intérieures, abandonnant largement à Mettemich celle des affaires européennes. Le tsar libéral devient le champion européen de l'autocratie. Sous l'influence d'Araktcheïev, et face aux mouvements révolutionnaires qui germent chez les jeunes officiers, le régime vire à la réaction pour défendre une autorité menacée. Lorsqu'A. meurt inopinément au cours d'un voyage en Crimée, le bruit court dans le peuple qu'il a en fait volontairement abandonné son trône pour se faire pèlerin puis ermite. Sa tombe a, quoi qu'il en soit, été trouvée vide en 1926. Personnage complexe, peut-être inférieur aux circonstances qui lui ont donné en un moment d'exception un poids décisif en Europe, A. voit ainsi son règne chimérique s'achever en légende. Bibliographie : N. Mikhailovitch, Le Tsar Alexandre Ier, 2 t., 1900 ; N. Romanov, L'Empereur Alexandre Ier : essai d'étude historique, 2 t., 1912.

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