Alboïn ; roi des Lombards [565-572].
Alboïn ; roi des Lombards [565-572]. Le règne bref d'A. sort péniblement de l'histoire obscure des Lombards, enjolivée par la légende. Il s'insère dans la chronologie et la culture de l'Europe chrétienne en faisant passer son peuple en Italie. Comme toutes les nations « barbares » issues des « grandes invasions », qui sont plutôt des déplacements de peuplades guerrières, poussées vers l'Empire romain (d'Occident et d'Orient), les Lombards se sont forgé une légende des origines, faite de mythes, où l'archéologie parvient à grand peine à démêler les étapes successives de leurs migrations. Le mot français de « Lombard » risque du reste d'entraîner une confusion avec celui des habitants d'une portion de la plaine du Pô, la Lombardie médiévale et moderne, ainsi nommée parce que l'établissement des Lombards primitifs fut particulièrement dense (au Moyen Âge, la Lombardia désigne souvent l'ensemble de l'Italie du Nord) : mais c'est oublier deux créations florissantes plus au sud, les « duchés » lombards de Spolète et de Bénévent. À l'origine et encore aujourd'hui en italien et en allemand, les « Lombards » sont appelés « Longobards », terme que les intéressés expliquèrent dans leurs légendes par la fausse étymologie « Longues barbes ». Dans les premiers siècles de notre ère, les Lombards sont un petit peuple, à l'étroit sur les deux rives de la basse Elbe, où les Romains les signalent déjà pour leur « férocité ». Peut-être descendus de Scandinavie, ils sont sans doute contraints par leurs puissants voisins, les Winiles, à descendre encore vers le sud, accompagnés de plus ou moins près par d'autres peuplades, Ruges et Érules. Les étapes sont obscures, toujours est-il qu'ils parviennent au Danube. Peu avant 500, ils sont solidement établis en Pannonie, entre le Danube et la Tisza. Leur lutte victo- rieuse contre les Erules leur vaut considération et prestige. Une partie d'entre eux adopte le christianisme, dans sa version arienne, et leur «roi» Wacho [v. 510-540] consolide son prestige en nouant plusieurs alliances matrimoniales avec les Francs. Les Lombards passent alliance avec les Byzantins et sont reconnus comme fédérés par Justinien. De fréquents conflits avec les Gépides, peuple germain installé à l'est de la Tisza, amènent le « roi » A. à une alliance avec le khagan des Avars, Baïan. En 567, les alliés écrasent les Gépides. Pour des raisons inconnues, sans doute la supériorité des Avars, A. se décide ensuite à abandonner à ceux-ci ses terres danubiennes et à conduire son peuple en Italie (568), où des Lombards avaient déjà été utilisés comme mercenaires par les Byzantins de Narsès dans leur lutte implacable contre les Ostrogoths (552). En quelques années, avec l'aide d'autres peuplades, l'Italie septentrionale et la Toscane du Nord tombent entre les mains des Lombards. A. s'installe à Pavie, qui devient, après une difficile conquête (569-572), la grande capitale lombarde. Des « ducs » (chefs militaires) tiennent les places fortes ; représentants de l'aristocratie guerrière, émanation des clans qui composent le « peuple », ils sont largement indépendants et très rétifs devant l'introduction d'un modèle pleinement royal, pris au pays occupé ; ils ressaisissent le pouvoir après l'assassinat d'A. (572), ouvrant une période d'anarchie qui favorise une reconquête byzantine partielle et provisoire. Le pays est mis en coupe réglée avec autant de méthode que de cruauté, et ce d'autant plus facilement que la vieille aristocratie a déjà été décimée par les guerres entre Ostrogoths et Byzantins. Derniers venus dans le paysage des royaumes barbares (ils partagent avec les Vandales la gloire de n'avoir jamais été reconnus par Byzance), les Lombards seront aussi les plus lents à s'acculturer, crispés dans leur foi arienne. La lutte n'est pas moins implacable entre Byzantins et Lombards qu'elle l'a été entre Ostrogoths et Byzantins. Le conflit, prolongé plus d'un siècle, aboutit à un profond remodèlement de la Péninsule, qui conditionne toute son évolution ultérieure : domination lombarde en Italie du Nord et en Toscane ; large écharpe de terres byzantines de la Vénétie-Romagne au Latium ; duchés lombards à Spolète et Bénévent ; domination byzantine à Naples, au sud de la Péninsule et en Sicile.
Liens utiles
- Théodolindeseconde moitié du VIe-VIIe siècleÉpouse d'Autharis, roi des Lombards, elle se remaria avec Agilulf, duc de Turin, qu'ellehissa sur le trône de Lombardie et convertit au christianisme en 591.
- DidierVIIIe siècleÀ la mort d'Aïstulf, Didier est proclamé roi des Lombards, malgré l'opposition de Ratchis,frère du souverain disparu et lui-même ancien roi.
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