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MORRIS William

MORRIS William. Peintre et écrivain anglais. Né à Walthamstow (près de Londres) le 24 mars 1834, mort à Londres le 3 octobre 1896. Il était le fils d’un commerçant enrichi par des fournitures à l’industrie mécanique a peine naissante dans l’Angleterre victorienne, et toujours combattue dans la suite par Morris lui-même, qui la rendait responsable des conditions inhumaines de la vie des ouvriers. Il fit ses études à Oxford, après une enfance heureuse au milieu des bois et des champs et une adolescence sévère dans un collège. A Oxford il connut le peintre préraphaélite Burne Jones, dont La religiosité romantique devait susciter en lui une crise mystique, bientôt vaincue par sa réflexion et son amour violent de la vie. De 1853 à 1855 sa pensée se précise. La très forte influence qu’il reçut de l’œuvre de Ruskin, et sa découverte du gothique à travers les cathédrales de France et d’Angleterre, l’orientèrent vers un « retour au gothique » fondé sur des raisons sociales de tendance libertaire, donc laïque; tel est le caractère le plus original de son idéologie, qui sur le plan politique se fondit dans son adhésion au Manifeste du parti communiste de Marx. Ce sont les libres corporations des travailleurs, non les cathédrales, qui furent la raison fondamentale du choix qu’il fit de l’époque gothique comme type d’une époque humaine et dont il importait de retrouver les coutumes, le système de production artisanale. (« Un art fait par le peuple pour le peuple est le bonheur pour qui le crée et pour qui en profite » ); il redit ici son aversion pour la machine. On le traita d’utopiste et de visionnaire. Le groupe des préraphaélites qui l’avaient précédé dans la même bataille collabora ensuite avec lui dans son atelier artisanal d’art appliqué nommé « Arts and Crafts » comme le mouvement qui s’ensuivit. Morris y avait dépensé toute sa fortune, mais l’entreprise, idéaliste et paradoxale sur le plan pratique, échoua; cependant son nom était devenu célèbre. Ce fut alors qu’il descendit dans l’arène, se vouant à la lutte sociale, tandis que d’autre part s’épanouissait son activité littéraire. En 1854, il avait commencé à écrire des poèmes, et en 1858 il en avait publié un recueil, La Défense de Guenièvre. En 1868 parurent les petits poèmes du Paradis terrestre, et en 1872 L’Amour suffit, ou la libération de Pharamond, moralité [Love is enough, or the Freeing of Pharamond, a Morality], où il tentait de rénover la poésie allitérative. Trois ans plus tard il réussit à terminer la longue et difficile entreprise qu’était sa traduction en vers anglais de l’Enéide; en 1887 il termina celle de l’Odyssée. Cependant avait paru en 1876 son long poème épique, L’Histoire de Sigurd le Volsung et de la fin des Nibelungen. Il continua toutefois son travail de décorateur, créant des vitraux, des meubles, des tapisseries; parallèlement il menait une très vive campagne d’agitateur : brochures, conférences, comices, manifestes se succédaient. En 1885 il fonda la « Ligue socialiste » dont il dirigea le journal, The Commonweal; mais, petit a petit, il se persuada que, trop candide, il n’était pas né pour la lutte politique. Il l’abandonna alors, bien qu’il conservât jusqu’à sa mort sa confiance en ses idées. De ces années datent les écrits sociaux : deux romans, dont un utopique, Nouvelles de nulle part [News from Nowhere, 1891]; les Chants socialistes [Chants for Socialists]; Socialisme; sa croissance et ses fins [1893]. Après avoir publié un essai important Les Buts de l’art [The Aims of art, 1887], son activité fut consacrée à la Kelmscott Press, atelier d’imprimerie et de reliure à la main qu’il avait fondé en 1890, et qui demeure une de ses réalisations les plus complètes et les plus importantes. Il aima ce travail plus qu’aucun autre et s’y fixa, pauvre désormais, jusqu’à sa vieillesse; sur son lit de mort on lui portait des épreuves à corriger; ainsi s’acheva parmi les livres son existence exemplaire et féconde.

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