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« Le poète n'est pas plus futile que le physicien. L'un et l'autre recoupent des vérités, mais celle du poète est plus urgente car il s'agit de sa propre conscience. » Expliquez et commentez ce jugement inscrit par Saint-Exupéry dans ses Carnets. ?

Publié le 16/05/2020

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Ci-dessous un extrait traitant le sujet : « Le poète n'est pas plus futile que le physicien. L'un et l'autre recoupent des vérités, mais celle du poète est plus urgente car il s'agit de sa propre conscience. » Expliquez et commentez ce jugement inscrit par Saint-Exupéry dans ses Carnets. ? Ce document contient 1822 mots soit 4 pages. Pour le télécharger en entier, envoyez-nous un de vos documents grâce à notre système gratuit d’échange de ressources numériques. Cette aide totalement rédigée en format pdf sera utile aux lycéens ou étudiants ayant un devoir à réaliser ou une leçon à approfondir en Philosophie.

« « Le poète n'est pas plus futile que le physicien.

L'un et l'autre recoupent des vérités, mais celle du poète est plusurgente car il s'agit de sa propre conscience.

» Expliquez et commentez ce jugement inscrit par Saint-Exupéry dansses Carnets. Introduction. Durant des siècles, le poète n'occupa, dans la société, qu'une situation subalterne.

Dans l'Odyssée, il apparaît comme un aveugle mendiant qui, installé près de la porte de la salle où les prétendants à la main dePénélope font bombance, attend, avec les chiens, qu'on lui lance quelques reliefs du festin.

Chez les Romains, il seprésente souvent comme le parasite d'un patricien, voire d'un monarque, payant de ses poèmes et de ses bonsmots l'hospitalité qu'on lui accorde, mais toujours à la merci des caprices de son hôte.

Au Moyen âge, sans doutetrouverions-nous des seigneurs provinciaux et même le prince Charles d'Orléans parmi nos trouvères et nostroubadours; mais le portrait de Gringoire, que nous a tracé Théodore de Banville, efface ces imagesexceptionnelles, et nous gardons le souvenir d'un pauvre hère, mangeant son croûton près de l'auberge dont il humeles alléchantes odeurs afin de se donner l'illusion de garnir son pain sec avec des mets délicieux.

Arrivons au tempsde Henri IV, de Louis XIII : M.

de Malherbe, qui rime à ses heures mais tranche du haut de sa condition degentilhomme, affirme qu'un poète n'est « pas plus utile, dans l'État, qu'un joueur de quilles ».

Quelques lustres plustard, un directeur de théâtre connu sous le nom de Molière se moque ainsi de ceux qui, pour vivre, font professiond'écrire : Il semble à trois gredins, dans leur petit cerveau,Que, pour être imprimés et reliés en veau,Les voilà dans l'État d'importantes personnes... Il faut arriver au XVIIIe siècle pour voir les « intellectuels », comme nous dirions aujourd'hui, relever la tête devantla noblesse et la bourgeoisie qui, officiellement (par la place que leur réserve le régime) ou insidieusement (par lapuissance de l'argent), dirigent l'opinion.

Le « philosophe » — comme on dit alors, et le mot désigne aussi bien lesavant que le dramaturge, le romancier, l'essayiste, le poète — prend place dans les salons; non seulement on l'yaccueille, mais on se pare de son prestige; on le prie même dans les cours européennes.

La Révolution passée, quibouscula toutes les traditions, Victor Hugo place le poète au tout premier plan, avant les gens de condition, avantles ministres, avant les chefs d'État, — parmi les mages, parmi les prophètes élus du Tout-Puissant et qui ouvrentaux peuples la route à suivre vers une destinée fixée de toute éternité, mais ignorée du vulgaire.

On aurait pupenser qu'après un siècle durant lequel la science et son alliée la technique ont conquis le monde, le poète se seraitdéfinitivement effacé devant le prestige du savant et de l'ingénieur; et, en fait, il en est bien ainsi puisque, si lesjournaux et les revues accordent encore quelque place à la littérature, ils la consacrent au roman et au théâtre plusqu'à la poésie.

Cependant, un des plus grands écrivains du XXe siècle — à la fois technicien, inventeur et poète etqui, par conséquent, put comparer en connaissance de cause le travail de celui qui invente une forme d'aileron ouun train d'atterrissage et le travail de celui qui écrit le Petit Prince — se demande pourquoi on néglige aujourd'hui lepoète, alors qu'on loue urbi et orbi les étonnants résultats auxquels le physicien est parvenu dans la connaissanceet la transformation de la matière.

Contrairement à ce qu'on croit, « le poète n'est pas plus futile que le physicien.L'un et l'autre recoupent des vérités, mais celle du poète est plus urgente car il s'agit de sa propre conscience ».Faut-il voir là un paradoxe ou une profonde vérité? Développement.

Saint-Exupéry aurait pu déclarer que le poète est aussi utile que le physicien.

Pourquoi cette curieuse formule : « n'est pas plus futile »? Un certain scepticisme se devine derrière l'attribut, car il s'applique ausavant comme au poète.

Futile serait le travail du savant comme celui du poète.

« Qu'est-ce que tout cela qui n'estpas éternel », soupirait Pascal : chez Saint-Exupéry, de même que chez MM.

Mauriac ou Malraux, on sent une âmepascalienne.

Si vous déclarez futile l'œuvre du poète, reconnaissez que celle du savant l'est aussi sub speciaeaeternitatis.

Ce serait juger trop vite que de refuser tout sérieux à ce qui ne présente pas d'utilité immédiate;comme ce serait juger superficiellement que de reconnaître pour absolument importante une activité qui met à notredisposition des forces capables de faire sauter une province ou d'éclairer une ville.Si l'on se débarrasse du préjugé commun, entretenu par une presse qui s'adresse à l'homme de la rue et obéit auxpuissances économiques dont elle tire ses revenus, on s'aperçoit que le travail du poète et celui du physicien seressemblent : tous deux « recoupent des vérités ».

Observons ce verbe.

En se refusant à dire — avec tout lemonde — que le physicien découvre des vérités, Saint-Exupéry n'a-t-il pas voulu rabaisser la superbe d'un hommeen qui le public tend à voir une sorte de sorcier moderne, aussi redoutable que vénérable? Minimiser son apport, oui,mais aussi l'éclairer, car on reconnaîtra que la vérité scientifique ne se découvre pas tout d'un coup, comme unpaysage sous un avion qui sort d'un banc de nuages.

Si importantes qu'en soient les conséquences, l'apport d'unchercheur n'est jamais qu'un apport de détail.

Rappelons-nous les origines de la « radio ».

L'historien s'avoueimpuissant à dire qui, de Branly, de Marconi ou d'Edison, parmi bien d'autres, a créé l'appareil grâce auquel nousentendons et nous voyons (ou croyons voir) les hommes d'un bout à l'autre de la planète.

Pourquoi les pays sedisputent-ils l'honneur d'avoir inventé tel ou tel instrument, découvert telle ou telle vérité scientifique? sinon parceque, dans le même temps, des chercheurs appartenant à des nations différentes ont étudié le même problème etque chacun en a fait avancer la solution? La science et la technique progressent en confrontant des dizaines, descentaines de petites découvertes et en les opposant pour les dépasser.Mais saurait-on parler de progrès en poésie? Gomment affirmer que le poète, lui aussi, recoupe des vérités? Il nepeut s'agir de vérités objectives portant sur la connaissance de la matière inerte ou organisée.

Alors, desquelles. »

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