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La science heurte-t-elle les valeurs éthiques ?

Publié le 16/05/2020

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« Introduction En tant que l'éthique concerne le rapport à autrui, qu'elle implique la responsabilité assumée vis-à-vis d'autrui, elle est nécessairement lerapport d'une subjectivité à l'altérité.

Or le caractère objectif de la science semblerait toujours nécessairement en retrait par rapport à cetteexigence éthique, dans la mesure où elle suppose la suspension des jugements de valeur.

Ainsi, la neutralité axiologique qui fonde toutescience ne pourrait-elle conduire celle-ci à s'opposer à nos valeurs éthiques ? Mais, d'un autre côté, la neutralité axiologique, c'est-à-direle souci d'une objectivité de la science, ne témoigne-t-elle pas d'une certaine éthique de l'esprit scientifique ? Comment donc concevoir cerapport entre une possible éthique de l'esprit scientifique et la science en tant qu'elle pourrait heurter nos jugements de valeur ou mettreen question les valeurs ? I/ Le caractère objectif de la science n'entre-t-il pas nécessairement en contradiction avec l'essence subjective de l'éthique ? - On peut définir l'éthique comme le sentiment de responsabilité qu'on éprouve par rapport à autrui (cf.

le texte célèbre sur le visage deLevinas dans Ethique et infini ). - Or, ce caractère intersubjectif de l'éthique semble pouvoir entrer en contradiction avec l'objectivité de la science, dans la mesure où celle-ci requiert précisément du sujet qu'il s'efface devant l'objet observé, qu'il suspende ses jugements de valeurs (neutralité axiologique - cf.Max Weber, La profession et la vocation de savant, in Le savant et la politique , La Découverte, 1996, pp.67-110, en part.

p.92 sq.). - Ainsi, la rationalité scientifique pourrait heurter nos valeurs éthiques.

En effet, le projet cartésien de devenir « comme maîtres etpossesseurs de la nature » (6 e partie du Discours de la méthode ) pourrait se retourner contre l'humanité elle-même.

La domination de la nature par l'homme conduit en effet à une exploitation de l'homme par l'homme et à son aliénation subséquente : « le produit du travailvient s'opposer au travail comme un être étranger » , écrit Marx, analysant le processus d'appropriation (par le travail), dans les conditions de l'économie politique (i.e.

du capitalisme), comme aliénation (3 e Manuscrit de 1844 , cf.

en part.

pp.140-157 dans l'éd.

GF, 1996).

Selon Marx, « par la médiation de l'industrie, les sciences de la nature sont intervenues pratiquement dans la vie humaine.

Elles l'ont transformée etont préparé l'émancipation humaine tout en entraînant dans l'immédiat une complète déshumanisation » ( ibid., p.153).

Le projet émancipateur de la science se retourne ainsi contre l'humanité elle-même, selon une critique qui part de ce texte de Marx et sera reprisepar la critique des techno-sciences comme rationalité instrumentale, livrée à elle-même et poursuivant son propre projet autonome, en-dehors de tout contrôle humain (cf.

La dialectique de la raison d'Horkheimer et Adorno). - La rationalité scientifique semble ainsi mener à cette contradiction interne : trouvant son origine dans le projet cartésien d'émancipationde l'humanité des besoins naturels, elle finit par se retourner contre les exigences éthiques de la raison, induisant un divorce entre ce quiest rationnel et ce qui est raisonnable (la science, pour être rationnelle, n'est pas nécessairement raisonnable).

II.

Pourtant, la science ne peut-elle prendre en compte l'éthique ? - Comment donc concilier, d'une part, l'indifférence affichée de la science vis-à-vis des exigences éthiques de la subjectivité, nécessaire àson objectivité, avec, d'autre part, la prise en compte du sujet humain ? - D'une part, ne faut-il pas souligner que cette objectivité de la science porte en elle-même une éthique ? La neutralité axiologique, eneffet, fait partie de l'éthique du savant, d'une « probité intellectuelle » (cf.

Weber, op.cit. , p.94 et 96 : « Si quelqu'un est un enseignant capable, sa première tâche est d'apprendre à ses élèves à reconnaître des faits désagréables , veux-je dire, qui sont désagréables pour sa propre opinion partisane »).

Dès lors, ce n'est non seulement le caractère instrumental et rationnel des techno-sciences qui entre en conflitavec la raison, mais, à un autre niveau, l'éthique de la science elle-même qui exige que l'on puisse heurter les valeurs éthiques, au nommême d'une certaine valeur, la science.

- Ainsi, la connaissance commence par écarter toute conviction, à les placer sous la surveillance d'une police de la méfiance, dit Nietzsche (§344 du Gai savoir (GS) , « En quoi, nous aussi, nous sommes encore pieux »).

Mais cela ne peut se faire qu'au nom d'une conviction fondamentale qui pose la valeur de la science et de la vérité, la « vérité à tout prix » ( ibid. ).

Non seulement il y a une éthique de la science (Weber), mais la volonté de vérité procède elle-même, montre Nietzsche, d'une évaluation qui affirme la vérité commesouhaitable.

Or, en tant que la vie requiert à la fois vérité et non-vérité, selon Nietzsche, la construction d'un monde idéal, vrai, au-delà de toutes apparences, implique la négation du monde réel et vivant (cf.

§344 GS et « Comment le monde vrai devint une fable » dans Le crépuscule des idoles ). - Reconnaître cette éthique qui fonde toute volonté de vérité, avant même l'éthique du savant proprement dite, qui exige de laisser decôté convictions et jugements de valeur afin d'atteindre un point de vue objectif, n'est-ce pas là la condition d'une conciliation entrescience et éthique ? Si la science heurte les valeurs éthiques (cf.

§344 GS sur les croyances sacrifiées), ne doit-elle pas, pour être fidèle à son esprit scientifique, reconnaître qu'elle-même procède d'une conviction préalable qui pose la valeur de la vérité « à tout prix » ? Conclusion Si la science peut heurter les valeurs éthiques, c'est donc au nom d'une éthique de la science qui implique la suspension des jugementsde valeur et la neutralité axiologique afin d'atteindre à l'objectivité.

Dès lors, l'objectivité de la science peut entrer en contradiction avec lasubjectivité, en ce sens qu'elle demande d'écarter les convictions subjectives, convictions qui fondent l'éthique.

Pourtant, en-deça de cetteéthique de la science, qui peut mener celle-ci à heurter les valeurs éthiques en prétendant ne se pas mêler ni d'éthique, ni d'ailleurs depolitique, ne faut-il pas, avec Nietzsche, reconnaître une conviction qui fonde toute « volonté de vérité » ? Dès lors, l'esprit de la science,en tant que recherche de la vérité, entre en contradiction avec la science elle-même, dans la mesure où celui-là découvre la conviction,l'intérêt, qui fonde toute connaissance qui s'affirme en tant que désintéressée.

La science ne doit-elle donc pas reconnaître en son seincette conviction fondamentale qui la pousse à écarter toutes convictions subjectives ? Ainsi, la science, sans abandonner son projetémancipateur qui passe par l'objectivité, moyen d'atteindre à l'universalité, reconnaîtrait ses limites, donnant droit à d'autres interlocuteurspossibles, à d'autres moyens de problématiser les enjeux sociaux.. »

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