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COLORER, verbe transitif.

Publié le 06/12/2021

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COLORER, verbe transitif.  

A.—  Donner une (des) couleur(s). Ses cheveux étaient comme une nuée que le soleil à l'aube colore (ANDRÉ GIDE, Le Voyage d'Urien,  1893, page 31 ). [Cet oxyde] colore la flamme tantôt en vert (...) tantôt en violet (ALBERT DE LAPPARENT, Abrégé de géologie,  1899, page 555 ). Une stupide rougeur colorait son front (GABRIELLE ROY, Bonheur d'occasion,  1945, page 16 ). 

—  Emploi pronominal.  Prendre (une) couleur. Ceux [les corps sapides] (...) qui sont traités à l'huile se resserrent, se colorent d'une manière plus ou moins foncée, et finissent par se charbonner (JEAN-ANTELME BRILLAT-SAVARIN, Physiologie du goût ou Méditations de gastronomie transcendante, 1825, page 124 ). La nuit s'achève; elle s'éclaire et se colore là-bas, vers l'est, derrière les crêtes dont la ligne se découpe sur un ciel jeune, poudré d'or (ROGER MARTIN DU GARD, Les Thibault, L'Été 1914, 1936, page 726) : 

Ø 1. Chaque animal se colore suivant son domicile et ses habitudes : Les renards du Groënland sont couleur de neige; les lions, couleur de désert; les perdrix, couleur de sillon; les brigands grecs, couleur de grand chemin.

EDMOND ABOUT, Le Roi des montagnes,  1857, page 66. 

·    [En parlant d'un être humain, de son visage]  Rougir sous l'effet d'une émotion. Ses pommettes se colorèrent (FRANÇOIS MAURIAC, Le Noeud de vipères,  1932, page 250 ). 

—  Spécialement. 

1. BEAUX-ARTS.  Mettre en couleur. J'ai coloré l'aquarelle du Turc qui caresse son cheval (EUGÈNE DELACROIX, Journal,  1852, page 91 ). M. Achille Devérie (...) savait colorer la pierre lithographique (CHARLES BAUDELAIRE, Curiosités esthétiques,  1867, page 27 ). 

·    Absolument.  [Par opposition à dessiner]  Cette peinture (...) en somme, n'est ni du dessin, quoique M. Robert Fleury dessine très spirituellement, ni de la couleur, quoiqu'il colore vigoureusement (CHARLES BAUDELAIRE, Salon de 1845,  1845, page 22 ). 

2. BIOLOGIE.  Imprégner de colorant en vue d'un examen microscopique. Elle [la fuchsine] a été couramment utilisée depuis quarante ans pour colorer noyaux cellulaires et chromosomes (MICHEL PRIVAT DE GARILHE, Les Acides nucléiques,  1963, page 51 ). 

Remarque : On rencontre dans la documentation le verbe couleurer : Désespérant de jamais sentir la différence trop profonde qu'il y a entre colorer et colorier, le peuple s'en tire en fabriquant couleurer qui répond à tous ses besoins dans cet ordre d'idées (RÉMI DE RÉMY DE GOURMONT, Esthétique de la langue française, 1899, page 164). 

B.—  En particulier.  [Avec valeur intensive] 

1. Donner une couleur particulière, caractéristique. En réalité, nous ne voyons le monde qu'à travers nos sens, qui le déforment et le colorent à leur gré (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, La Vie littéraire, tome 3, 1891, page XII. ). Il y a très peu de distance entre la pire humeur et la meilleure. Il suffit quelquefois de changer l'attitude, de retenir un geste ou une parole, pour colorer autrement une journée (ÉMILE-AUGUSTE CHARTIER, DIT ALAIN, Propos,  1921, page 342) : 

Ø 2.... l'émotion musicale, ce presque-rien que le passé personnel, la réfraction morale, l'éducation artistique colorent de nuances imprévisibles.

VLADIMIR JANKÉLÉVITCH, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957, page 44. 

·    Emploi pronominal.  Se teinter de. Cette tendresse attentive (...) qui se colore de curiosité, de piété, de scepticisme, d'ironie, selon les heures (GEORGES DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Le Notaire du Havre, 1933, page 9 ). La science ne peut aller aux limites d'elle-même sans se colorer de mystique et se charger de foi (PIERRE TEILHARD DE CHARDIN, Le Phénomène humain,  1955, page 316 ).  Prendre la couleur de. Les êtres humains sont ainsi faits : les mots qui les atteignent se colorent de leurs propres sentiments, et nous n'entendons jamais que nous-même, quand un autre nous parle (ÉDOUARD ESTAUNIÉ, Madame Clapain,  1932, page 252 ). 

—  Spécialement.  MUSIQUE.  Le timbre dramatique, c'est la qualité que possède la voix humaine de colorer très différemment un même son selon le caractère du mot prononcé pour exprimer les sentiments divers (JEANNE ARGER, Initiation à l'art du chant, 1924, page 53 ). 

·    Emploi pronominal. Le flot des voix et de l'orchestre se précipite et se colore de saisissantes modulations (ROMAIN ROLLAND, Beethoven, tome 2, 1928, page 356 ). 

2. Donner des couleurs éclatantes, embellir : 

Ø 3. Il y eut pour moi, dans ces quarante jours de bonheur, des souvenirs à colorer toute une vie...

HONORÉ DE BALZAC, Le Médecin de campagne,  1833, page 225. 

—  Spécialement, dans les domaines de l'expression artistique : 

Ø 4.... les écrivains français ont besoin d'animer et de colorer leur style par toutes les hardiesses qu'un sentiment naturel peut leur inspirer...

GERMAINE NECKER, BARONNE DE STAËL, De l'Allemagne, tome 2, 1810, page 98. 

·    Emploi pronominal.  Prendre de l'éclat : 

Ø 5. Ce bonheur était peu vif quand je le possédais, aujourd'hui il se colore par mon imagination...

EUGÈNE DELACROIX, Journal,  1852, page 23. 

3. Péjoratif.  Farder, dissimuler. Elle ne savait plus comment colorer mon éloignement sans cause aux yeux de mon père et de mes oncles. Il fallut revenir (ALPHONSE DE LAMARTINE, Nouvelles Confidences,  1851, page 12 ). Tout ce qui peut colorer une infamie, croyez-vous que je ne me le sois pas dit à moi-même (LÉON BLOY, La Femme pauvre,  1897, page 89 ). De quelques belles paroles qu'il colorât toutes ses haines (MARCEL PROUST, Le Côté de Guermantes 2,  1921, page 555) : 

Ø 6. Donne-moi le songe qui colore les noirs chagrins. Mens, n'aie pas de scrupules. Tu n'ajouterais qu'une illusion à l'illusion de l'amour et de la beauté.

ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, Le Lys rouge,  1894, page 266. 

—  Locutions. 

·    Colorer d'un prétexte. On ne cherchait même pas à colorer la chose d'un prétexte (VALÉRY LARBAUD, A. O. Barnabooth,  1913, page 208) : 

Ø 7. «... ne parlez pas de justice, ne colorez pas d'un prétexte de justice les résolutions que vous croirez devoir prendre, car tout cela n'a rien à faire avec la justice, puisque c'en est la négation, tout simplement. »

GEORGES CLEMENCEAU, Vers la réparation,  1899, page 21. 

·    (Servir de) un prétexte pour colorer. Son extrême jeunesse servit de prétexte pour colorer, aux yeux de la société de Rome, cette réserve du vieux prince (ALPHONSE DE LAMARTINE, Nouvelles Confidences,  1851, page 173 ). 

STATISTIQUES : Fréquence absolue littéraire : 600. Fréquence relative littéraire : XIXe.  siècle : a) 1 240, b) 643; XXe.  siècle : a) 742, b) 701. 

DÉRIVÉS : 1.  Colorable,  adjectif.  Qui peut être coloré. Glycogène colorable par l'iode (JULES VERNE, La Vie cellulaire hors de l'organisme, 1937, page 94 ). La structure colorable du chromosome (ROGER HUSSON, FRANÇOIS GRAF, Manuel de Manuel de biologie générale,  1965, page 94 ).  Au figuré (confer colorer B 1) Ce n'est que cela, Mme de Guermantes! (...) je contemplais cette image qui naturellement n'avait aucun rapport avec celles qui, sous le même nom de Mme de Guermantes, étaient apparues tant de fois dans mes songes, puisque, elle, elle (...) n'était pas de la même nature, n'était pas colorable à volonté comme elles qui se laissaient imbiber de la teinte orangée d'une syllabe, mais était si réelle que tout, jusqu'à ce petit bouton qui s'enflammait au coin du nez, certifiait son assujettissement aux lois de la vie (MARCEL PROUST, Du Côté de chez Swann,  1913, page 175 ). Remarque : On rencontre dans la documentation colorabilité, substantif féminin.  Caractère de ce qui est colorable, faculté de prendre une coloration. Faible colorabilité (ÉMILE BRUMPT, Précis de parasitologie,  1910, page 53 ). Une mince calotte que sa texture et sa colorabilité différencient du banal protoplasme environnant (JEAN ROSTAND, La Vie et ses problèmes,  1939, page 44 ). 2. Colorage, substantif masculin.  Synonyme : teinturerie.   Atelier de colorage (JULES MICHELET, Journal,  1842, page 475 ). 


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