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Aux grands hommes la Patrie reconnaissante. Phrase inscrite au fronton du Panthéon

Publié le 16/05/2020

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« Le 3 avril 1791, au lendemain de la mort du comte de Mirabeau, l'un des principaux acteurs de la Révolution française,l'Assemblée nationale, sur proposition du département de Paris, décidait de faire de l'église Sainte-Geneviève, dans lequartier Latin, un panthéon dans lequel son corps, puis celui d'autres personnalités ayant servi la patrie, seraienttransférés en un dernier hommage.Le marquis de Pastoret suggéra que l'on inscrive au fronton de l'édifice la formule qui l'orne aujourd'hui et qui en marque lafonction symbolique : «Aux grands hommes la Patrie reconnaissante.» Comme le montre Mona Ozouf, dans sa contribution aux Lieux de mémoire de Pierre Nora (Gallimard, 1984), le culte desgrands hommes ne date pas de la Révolution française.

Tout le XVIIIe siècle l'avait préparé, cherchant un nouveau modèleà opposer aux monarques et aux héros de l'Ancien Régime.

Ainsi s'explique sans doute la rapidité avec laquelle, lelendemain même de la mort de Mirabeau, put être prise la décision de créer le Panthéon.Monument fascinant que ce Panthéon, en lequel se donne à lire toute l'histoire de la France moderne, avec sesdéchirements et ses retournements! Mona Ozouf en retrace l'aventure et, de manière plus iconoclaste, Philippe Muray faitde même dans son XIX' siècle à travers les âges (Denoél, 1984).En honorant ses grands hommes, la République cherchait à se donner les saints dont, par la déchristianisation, elle allaitpriver la France; convoquer les Mirabeau, les Marat, les Voltaire, les Rousseau dans l'espace sacré d'une ancienne église,en faire des modèles de cette vertu sans laquelle le régime ne saurait durer.

Etrange assemblée d'ailleurs, que celle danslaquelle, au-delà du trépas, siègent les ennemis d'hier, Voltaire et Rousseau, ainsi condamnés par la République à unéternel face à face que seule la mort sans doute leur rend supportable.

Face à face d'ailleurs symbolique puisque leursrestes seront jetés à la voirie par leurs ennemis politiques.

Avec le Panthéon, la Révolution s'invente un sacré desubstitution dont les grands hommes sont, en attendant la déesse Raison, les plus hautes figures, les plus marquantssymboles.Le Panthéon, cependant, n'a jamais été ce lieu de réconciliation nationale, d'unanimité posthume qu'il aurait pu, qu'il auraitdû être et dont, sans doute, avaient rêvé ses fondateurs.

Toute panthéonisation, en effet, est un choix politique.

Ens'inventant une généalogie de figures symboliques, une Nation définit le visage idéal qu'elle entend présenter.

Et sur cevisage, il est peu de chances que tout le monde s'accorde.L'histoire du Panthéon est, de ce fait, une histoire de luttes, d'excommunications et de déchirements.

Tout commenced'ailleurs très tôt puisque le premier des panthéonisés, Mirabeau, est, en 1794, dé-panthéonisé pour laisser place aurévolutionnaire du jour, Marat.Toute l'histoire du Panthéon au XIXe siècle est à l'image de cet épisode fondateur : lieu symbole, le monument est devenuun enjeu perpétuel dans les conflits politiques du temps.

Ainsi, dès Napoléon, le bâtiment est rendu à l'Eglise et, en 1822,sur ordre de Louis XVIII, on enlève de son fronton l'inscription célèbre afin de la remplacer par une formule en latinmarquant le caractère religieux restauré de l'édifice.

En 1830, à la faveur de la révolution, l'église Sainte-Genevièveredevient le Panthéon...

jusqu'à ce qu'en 1851, Louis-Napoléon Bonaparte, imitant son prestigieux modèle, restitue ànouveau le bâtiment à l'Eglise.

Il faudra attendre les funérailles de Victor Hugo pour que le Panthéon redeviennevéritablement, et sans doute à jamais, le Panthéon.

Au XXe siècle — et si l'on excepte le mémorable transfert des cendres de Jean Moulin célébré par André Malraux en 1964 —le Panthéon était tombé dans une relative désuétude jusqu'à ce que François Mitterrand, le 21 mai 1981, lui redonne vieen une cérémonie curieuse où le ridicule le disputait au grandiose.

Nouvellement élu, le Président de la République venaitrendre hommage, à l'aube de son septennat, aux mânes des grandes figures de la gauche abritées dans l'édifice.

Dansune mise en scène soignée, il n'y manquait aucun des attributs du culte républicain.

Jamais le caractère religieux del'institution républicaine et le côté monarchique du régime n'avaient été résumés en une allégorie aussi frappante.

MilanKundera, qui évoque cette scène dans L'Immortalité (Gallimard, 1990), en perd jusqu'à son sens de l'humour :«De tous les hommes d'Etat européens de notre temps, François Mitterrand est sans doute celui qui a donné la plusgrande place à l'immortalité dans ses pensées.

Je me souviens de l'inoubliable cérémonie organisée en 1981 après sonélection à la présidence.

Sur la place du Panthéon s'était rassemblée une foule enthousiaste, dont il s'éloigna : il gravissaitle large escalier (tout à fait comme Shakespeare se dirigeant vers le Temple de la Gloire, sur le rideau décrit par Goethe),trois roses à la main.

Puis, disparaissant aux yeux du peuple, il se retrouva seul parmi les tombeaux de soixante-quatremorts illustres n'étant suivi dans sa solitude pensive que d'une caméra, d'une équipe de cinéastes et de quelques millionsde Français qui, sous le déluge de la Neuvième de Beethoven, fixaient le petit écran.

Il posa les roses successivement surles tombes de trois morts qu'il avait choisis entre tous.

Tel un arpenteur, il planta ces trois roses comme trois jalons surl'immense chantier de l'éternité, pour délimiter ainsi le triangle au milieu duquel on érigerait son palais.

»La France, même si elle y excelle, n'a pas le monopole de ce type de symbolisme qui mobilise les figures du passé auservice des politiques du présent.

L'exemple le plus frappant est en effet à chercher dans celui des Etats qui se devraitd'être le plus laïc; l'Union soviétique.

On y a momifié Lénine — que des générations de touristes continuent à venir admirer— et, pour une période plus courte, Staline : reliques saintes d'une Révolution qui se proposait d'en finir avec toutes lesreliques et tous les opiums.Contre cette récupération posthume des grandes figures politiques du passé, Lénine s'élevait d'ailleurs avec violence.Parlant des révolutionnaires disparus, il écrivait dans L'Etat et la Révolution (1917) :«Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser, pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'unecertaine auréole afin de «consoler» les classes opprimées et de les mystifier : ce faisant, on vide leur doctrinerévolutionnaire de son contenu, on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire.

C'est sur cette façon d'«accommoder » le marxisme que se rejoignent aujourd'hui la bourgeoisie et les opportunistes du mouvement ouvrier.

Onoublie, on refoule, on altère le côté révolutionnaire de la doctrine, son âme révolutionnaire.

». »

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